#humansofpandemics. Deuxième semaine de confinement. Un rythme s’est imposé, le travail à produire est plus important et des horaires sont à respecter. Je crois que si ce confinement continue, il va faire beaucoup de choses, l’une d’entre elles va être de nous donner une capacité de travailler seuls qui est hors norme. (Et de laisser notre planète respirer, youpi). C’est vrai, je suis en train d’apprendre l’autonomie dans sa forme la plus pure. Je me réveille tôt (chaque matin, toujours étonnée d’être hors du lit à 8h). Quand je me mets devant l’ordi, devant mes feuilles et que absolument personne (à part un mur)  me regarde, et que je me vois, en train de faire (c’est un grand mot. Essayer est peut-être plus adéquat) mes exercices de maths, pour moi, je change mon opinion sur beaucoup de valeurs que je croyais être engrainées en moi. Je suis agréablement surprise. En temps normal, je l’avoue, je ne suis peut-être pas la “meilleure élève”. Mais c’est une notion qui me dégoûte presque; ça veut dire quoi “être un bon élève”? Je ne comprends pas le système scolaire. Je ne comprends pas comment l’apprentissage de la vie peut se faire assis dans une salle de classe. Je ne vois pas comment la notion d’égalité et de justice peut s’appliquer quand il y a tellement de failles. (bon, l’égalité n’existera jamais, mais s’en rapprocher..?) En même temps, je me maudis de critiquer un système qu’on a le privilège d’avoir. Mais je me dis que l’humain est capable de mieux faire. On est toujours capable de mieux faire. On a tellement de ressources. Je dirais même qu’on a toutes les ressources nécessaires pour changer les choses. Alors pourquoi est-ce qu’on stagne? On excusera ma vulgarité, mais la conclusion de tout cela, aussi misérable qu’elle soit, c’est que l’humain est particulièrement stupide. (pas si vulgaire que ça, pour finir). Ou juste flemmard. On est tous un peu bête et, en même temps, on relève tous du pure génie. Je suis en train de me perdre sur mon journal de bord. Comme dirait le juge: “Revenons à nos moutons”.  

La journée est longue; pourtant, l’ennui ne se manifeste toujours pas. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire, mais je commence à être fatiguée. La vue du weekend durant lequel on se repose disparaît lentement. Parce qu’on peut faire la même chose le dimanche et le lundi, tout devient flou. On fait du 24/7.

Je devais aller chez le médecin deux fois la semaine passée et j’ai décidé de ne pas m’y rendre à cause du virus. Ce n’était pas forcément des rendez-vous très importants, mais c’est bizarre de sortir aussi radicalement de son train-train habituel. On a l’impression de dépendre entièrement de quelque chose, jusqu’au jour où on ne peut plus les avoir. Je me demande si, après cette histoire, les gens vont changer. Je ne crois pas. Sincèrement, je ne vois pas comment cela pourrait se faire. C’est toujours plus haut que ça se passe. J’ai regardé les nouvelles ces derniers jours, ce n‘est pas à mon habitude mais je me suis dit que c’était une forme de distraction, malgré tout. Ils parlent beaucoup d’économie et je me suis rendue compte que je ne ressentais pas une once de compassion pour les gens “riches” (par manque d’un meilleur terme) qui vont vivre les conséquences financières de cette crise. Je crois que je hais l’argent. Je ne comprend pas l’argent. (je ne vais pas commencer à parler d’argent parce que, encore une fois, je m’égare et je vais être frustrée de ne pas avoir tout dit)

J’ai passé un bon moment à lire toutes les créations des élèves. C’est fou comme les gens ont un ressenti différent de la situation. J’étais très étonnée des écrits de “mes camarades” (il me fait rire ce terme, j’ai l’impression de parler comme si j’étais un patriote soviétique. Bref). Les gens écrivent bien et ont une capacité à traduire leurs pensée par des phrases de façon très claire. J’aimerais bien avoir un esprit aussi organisé et pouvoir me relire sans me dire “ce n’est absolument pas ce que je veux dire “ ou “il manque les ¾ de ma réflexion”. J’étais aussi surprise des priorités de certains ou de la façon dont d’autres accusent la réaction de leurs amis (amis aussi est un mot drôle, “amis”. Double bref). J’aimerais juste dire que d’après moi, on va de toute façon vivre ces prochaines semaines différemment et si on a envie d’exprimer notre inconfort, ainsi soit-il. (j’ai l’impression d’être Gandhi)

Je suis beaucoup trop fatiguée pour faire ce devoir et il ne ressemble probablement pas à grand-chose de valide mais comme la liberté fait partie des consignes, je prends la liberté de ne pas me relire.

Ce témoignage provient d’un journal de confinement online tenu par des gymnasiens et gymnasiennes