#humansofpandemics. 23 mars 2020. Texte d’un-e gymnasien-ne

Cette histoire est constituée uniquement de faits réels.

Il y a un peu plus d’une semaine maintenant, nous apprenions la nouvelle historique. En effet, le vendredi 13 mars 2020, il fut prononcé officiellement que les établissements scolaires vaudois fermeraient leurs portes en tout cas jusqu’au 30 avril, en raison de la pandémie de coronavirus. Lorsqu’ils ont appris cette nouvelle, certains élèves sautaient de joie, d’autres restaient paisibles, d’autres avaient peur et d’autres encore étaient mitigés. C’était mon cas. L’idée de passer quelques semaines de semi-vacances à la maison me paraissait assez alléchante; cependant, nous étions tous conscients, nous, élèves de troisième année, que ces mesures ne nous avantageraient pas, au vu des examens qui nous attendaient prochainement. Ainsi, nous partîmes, chargés de l’entièreté de nos affaires scolaires, disant au revoir à nos camarades comme si nous n’allions jamais nous revoir, ne sachant pas si nous retrouverions un jour ce gymnase, cette salle de classe, ces autres élèves, ces professeurs, cette routine d’étudiants…

Nous n’avions aucune information supplémentaire sur les semaines à venir si ce n’est que nous allions inaugurer le télé-enseignement…

Alors je peux vous dire tout de suite que nous n’avons pas eu besoin de beaucoup de temps pour nous rendre compte que, derrière ce mot assez stylé, se cachait une réalité tout sauf stylée. Oui, dès mon retour d’une dernière escapade au gymnase lundi matin, où j’ai été forcé de constater qu’une ambiance de mort planait sur cet établissement vide, le calvaire commença.

Le lundi, c’est le pire. On se fait bombarder de mails, de messages, à tel point que l’on se sent harcelé. C’est à ce moment là que notre cerveau surchauffe et que l’AVC devient imminent. Entre les groupes WhatsApp qui se créent par centaines, les messages importants de profs qui nous annoncent indirectement qu’on va mourir prochainement de surcharge, les messages de haine qui s’en suivent, mais cette fois, sur le groupe WhatsApp parallèle, sans le prof, les 15 audios de Madame Machin de 9 secondes chacun, envoyés successivement pour finalement ne former que 3 phrases entrecoupées (en plus pas dans notre langue), les mails importants mais longs dont il faut extraire minutieusement les informations utiles, les autres mails qui disent uniquement qu’un prochain suivra pour nous expliquer que faire, mais qui, en soi sont totalement inutiles mais auxquels il faut quand même impérativement répondre car ATTENTION ! le prof risque de se vexer, de vous faire la morale ou alors de prendre peur, croyant que vous avez chopé cette chinoiserie de virus, et bien entre tout cela, notre petite tête, même si elle a passablement grossi chez certains depuis qu’ils sont au gymnase et donc considérés comme « l’élite du pays », n’arrive plus à suivre. Et c’est sans compter que l’on a quand même une vie à côté et dont les acteurs s’agitent aussi suite à ce coronavirus… Il y a la vieille grande tante qui veut montrer à toute la famille, de nouveau par un groupe WhatsApp, qu’elle va faire ses courses avec des gants et un masque fait maison, sa nièce, médecin au CHUV qui s’énerve en lui disant qu’elle a plus de 65 ans et qu’elle doit rester chez elle, la vieille vexée qui rétorque qu’il faut arrêter de les materner, sans compter qu’avec le décalage horaire, ceux qui sont aux Etats-Unis ou encore pire, en Nouvelle-Zélande, répondent au milieu de la nuit, ce qui crée une avalanche de messages dès la désactivation du mode avion au réveil. Bref, le lundi c’est affreux mais on va s’arrêter là pour ne pas devenir haineux.

Le reste de la semaine est plus calme, du moins on essaie de s’en persuader. On effectue à la chaîne les devoirs interminables qui nous sont demandés, tout en essayant de les rendre à temps. C’est à ce moment là que nous redéveloppons des sentiments de haine profonde envers les profs qui croient que notre horaire, et notre vie en général, est composée exclusivement de leur branche. Nous qui croyions que nous pourrions adapter notre horaire à notre convenance, nous découvrons qu’en fait non. Ben non, ce serait trop beau ! Il y en a plusieurs qui nous demandent de maintenir l’horaire normal et de se retrouver en vidéo-conférences pour corriger les devoirs que l’on avait à faire.  Donc on se lève tôt pour être prêts à 8h05 car oui il faut pas être encore en pyjama dans son lit parce que, bien sûr, certains exigent la vidéo ! Puis nous attendons plus ou moins une heure que la vidéo se termine, répondant « oui » quand le prof nous demande si nous suivons. Et voilà, ensuite on reprend les devoirs.

Seulement, ces derniers jours il y a eu de la nouveauté, maintenant qu’on commençait à s’en sortir plus ou moins. Ben oui, forcément, l’informatique a paniqué : après qu’educanet2 est tombé dans le coma, c’est Moodle qui a fait un AVC ce matin et zoom qui est actuellement HS. Parce que forcément sinon c’est pas drôle…

Et c’est pas tout, ça c’est que la partie « travail à domicile ». Parce qu’en plus de ça, on n’a même pas le droit de sortir de chez nous ! Et encore on est pas en confinement total mais quand même, ça va un moment de rester chez soi; au bout de quelques jours, ça commence à bien faire ! Parce que si on veut profiter des rares moments de libre que l’on a pour faire ce qu’on a jamais le temps de faire, et ben on peut pas parce que tout est fermé et qu’on a toujours besoin de quelque chose. Sans compter qu’on ne voit plus personne à part notre famille directe, nos voisins et encore de loin. Enfin, ça c’est pour ceux qui respectent les règles, parce qu’il y en a des abrutis inconscients et surtout désobéissants qui font comme si de rien n’était et qui propagent le virus en s’amusant avec leurs amis.

Et moi, je me plains, je me plains mais encore je suis dans une prison dorée. J’ai la chance d’avoir une chambre à moi tout seul, un bureau où je peux travailler tranquillement, une maison avec un grand jardin, dans un quartier paisible, à deux pas de la forêt, près des champs etc.

Alors, oui il y a des avantages à être à la maison, on a quand même des horaires plus souples, si on veut manger ou boire pendant qu’on travaille on peut, si on en a marre des maths, on va jouer avec son petit frère qui s’ennuie après avoir terminé son travail du jour en 15 minutes ou alors on va voir ses animaux dans le jardin… et ça encore j’crois que c’est fini avec ç’te cramine qui fait ces jours. Et puis bon c’est pas tout mais à force de ne plus pouvoir voir qui que ce soit sauf à travers un écran, on pète une durite ! La famille on peut pas la voir, les amis non plus, les grands-parents surtout pas…

Mais cette crise nous apprend quand même des choses : déjà que les petites expériences culinaires, pas toujours bienvenues, de nos confrères asiatiques peuvent avoir de lourdes conséquences, n’est-ce pas ? Parce qu’eux les virus ils ne font pas exception à la mondialisation. (Bon et puis aussi ils ont qu’à se tenir au livre Betty Bossi, manger des trucs normaux et y’aura pas de problème.) Ensuite, qu’il y a vraiment des gens stupides dans la société, et là je vise premièrement ceux qui dévalisent les magasins sans savoir pourquoi mais c’est juste pour faire comme les autres idiots et en plus, pour acheter quoi ? Du papier toilette ! Il y a aucun rapport, ça n’a aucun sens ! Et honnêtement je trouve que l’on peut aussi dire que le peuple suisse est lamentablement peu solidaire, en tout cas quand il faut appliquer les règles claires de notre gouvernement pour protéger la santé publique et particulièrement les personnes à risque.

Alors, maintenant il serait grand temps que les gens fassent preuve d’intelligence et fassent ce qu’on leur demande (ou plutôt ne fassent pas ce qu’on leur interdit de faire) pour que l’on puisse rapidement sortir de cette crise. Vivement que l’on sorte de cette situation déjà pénible parce qu’en plus on ne peut pas en jeter la responsabilité sur qui que ce soit. Ben oui, c’est d’la faute à qui si on a des journées de m…. malheur ? Les profs essaient de faire leur travail le mieux possible et nagent autant que nous, les autorités ont une part de responsabilité parce qu’ils n’ont probablement pas été assez rapides mais ce sont des hommes comme nous qui sont aussi dépassés et ceux qui ont déclenché ça, ben ils sont certainement déjà enterrés et de toute façon on ne les connaissait même pas donc voilà.

Mais, c’est vrai que ça soulagerait de pouvoir mettre la faute sur quelqu’un d’autre… il y a qu’à demander à Donald Trump

Ce témoignage provient d’un journal de confinement online tenu par des gymnasiens et gymnasiennes